la bergère à l'affiche

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Il est certains jours qu’on ne peut qualifier autrement que « lumineux ». Le dimanche 15 septembre, au Manoir d’Argueil, c’est-à-dire dans un site comprenant de splendides bâtiments et de calmes espaces verts, a fait partie de ces journées à marquer d’une pierre blanche. Pas seulement à cause d’un ciel bleu sans nuage, d’un soleil éclatant et d’une (très) chaude journée de fin d’été… Mais bien parce que, sous l’égide de l’ABD (Association Brayonne Dynamique), des  rencontres et des partages ont été l’occasion de fructueuses discussions.

Le programme comprenait en effet la diffusion du documentaire coproduit par l’A.B.D. et Beaubec Productions, « La Bergère et l’Orchidée » (bon de commande ici.), qui illustre la profonde imbrication qui existe entre le pastoralisme et le maintien de la biodiversité, (en l’occurrence le maintien des orchidées sauvages sur les coteaux calcicoles,  comme le Mont-Sauveur), et surtout proposait à la signature, par l’historienne biographe Christine de Pas et par  Jeanne la Bergère elle-même, le livre de souvenirs « les dits de Jeanne » retraçant sa vie, et qui vient de sortir.

Certes, pour Beaubec Productions, la (re)diffusion du tout premier documentaire que nous avons réalisé, notre « coup d’essai », est toujours émouvante : il nous semble qu’il n’a pas vieilli, et à Argueil, deux projections ont été nécessaires pour le public présent. Mais au-delà,  tous les participants ( 80 personnes) ont surtout assisté à la rencontre des deux bergers : Jeanne, désormais retraitée, et Benoit, dont le travail et le statut particulier ont éveillé toute l’attention du public. Malgré leurs différences, d’âge notamment, ces deux-là partagent le souci du bien-être animal et ont tous les deux appris leur métier auprès de leurs pères respectifs :  ils ne pouvaient que se comprendre !

Benoit Voisin est en effet une sorte de « berger-fonctionnaire », employé de façon exemplaire par la Mairie d’Evreux pour, avec son troupeau, entretenir à moindre coût, aussi bien financier qu’écologique (adieu désherbage chimique ou thermique…) les espaces naturels de la ville. Cette expérience s’avère positive pour les deux parties, en un contrat « gagnant-gagnant »  : Benoit mène son troupeau comme il l’entend, le gère en véritable professionnel compétent et engagé, et son activité génère non seulement un revenu suffisant pour assurer sa rémunération, mais encore  occasionne même des bénéfices pour sa collectivité : quel exemple à suivre pour nos collectivités brayonnes !

L’échange entre Jeanne et Benoit a été particulièrement fructueux, le public était toute ouïe, et des thèmes très différents ont été évoqués comme  le statut particulier de Benoit, ou encore la différence entre éco-pâturage et écopastoralisme,(« L’écopâturage correspond plutôt à un entretien d’espaces verts urbains, généralement en parcs sans surveillance permanente, alors que l’écopastoralisme renvoie à la gestion par des troupeaux d’une végétation spontanée, généralement en espace naturel, reposant le plus souvent sur des pratiques associées à la mobilité et au gardiennage » HAL, Corinne Eychelle), et même  la difficile cohabitation entre les bergers et les loups : ce sujet complexe et important illustre bien les thématiques qui traversent de nos jours des professions ancestrales, comme celle de berger, et la difficulté de leur adaptation à un monde qui exacerbe les tensions entre protection du milieu naturel et de la faune sauvage, d’une part, et activités humaines, de l’autre…

Nous étions donc, cet après-midi là au Manoir d’Argueil, en plein cœur de la ruralité. La visite du manoir, avec les explications de Jacques Gasser, le directeur de cette structure d’accueil de groupes scolaires et extrascolaires, a complété l’après-midi. Mais autour du verre de l’amitié, ce sont encore  Jeanne et Benoit qui, en  bons bergers, rassemblaient autour d’eux les participants, et répondaient avec spontanéité et expertise aux questions du public…

Finalement, le seul regret qui a assombri la journée fut l’absence de tout organisme de presse. Les thématiques qui intéressent au premier chef notre pays de Bray étaient pourtant abordées, les bergers étaient là, le public aussi : à notre sens, tout ceci aurait amplement mérité de susciter l’intérêt du plus grand nombre.

En attendant, il convient de remercier ceux qui ont contribué à la réussite de la journée : les membres de l’A.B.D. qui l’ont organisée, certes, mais surtout Jeanne, Benoit, Christine : c’est grâce à eux que cette journée de « la Bergère en pays de Bray » a été un franc succès.


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